GALERIE BERNARD BOUCHE
JORGE MOLDER - JOHN MURPHY
John Murphy  Figure I et Figure II.  Una malatia dei sentimenti - What can a body do? 2014. Photographie noir et blanc. Diptyque. 2 x 45 x 3,5 cm 

John Murphy  Figure I et Figure II.  Una malatia dei sentimenti - What can a body do? 2014. Photographie noir et blanc. Diptyque. 2 x 45 x 3,5 cm 
 
Quel lien réuni dans cette exposition Jorge Molder et John Murphy hormis le médium photographique ? C’est ce qu’ils cherchent à en obtenir. Si le processus n'est en rien comparable chez l’un et l’autre - Molder explore depuis quelques décennies une recherche photographique étrange et singulière à travers l’auto-représentation ou mêlées parfois à des situations cinématographiques, Murphy lui utilise l’image, parfois cinématographique, mais seulement à des fins conceptuelles. Ce qu’ils cherchent à obtenir n’est pas une simple photographie mais une tension, une recherche sur l’être et ses ambiguïtés, sur le temps.


John Murphy joue sur le thème de la similitude et de la différence - avec des matériaux existants tels que reproductions, photos de films anciens, cartes postales. Ses œuvres évoquent la nostalgie, l'absence, la sexualité, avec un raffinement exquis de précision. Si son travail récent est constitué d'emprunts utilisés à la manière des ready-mades (cartes postales, affichettes, objets) ou transformés (recadrés, modifiés dans le format - le support ou le médium), il associe parfois un fragment de texte - ces quelques mots, souvent partie de l'œuvre, en deviennent le titre. Ils produisent ainsi un jeu dialectique dans lequel l'association, l'intervalle et l'ellipse - trois opérations typiquement cinématographiques et plus particulièrement liées au montage - ont un rôle primordial. Ce qui se passe dans l'entre-deux de l'image et des mots - cette zone spatiale et temporelle où se crée le sens, cette "inquiétude existentielle", est précisément ce qui intéresse l’artiste.

Dans son texte consacré à John Murphy "La démesure des images" Marc Donnadieu précise les choses: «Dans l’œuvre de John Murphy, la photographie et le cinéma tiennent une place singulière, mais celle-ci tend, au fil du temps, à devenir déterminante, sinon presque première. Durant les années 1970-1980, l’apparition des images au sein de la couche picturale était, d’une certaine manière, au cœur de son projet artistique. On avait alors fait peu attention à la qualité d’écran de cette dernière : non pas le plan de la fenêtre, telle la mise au carreau qui sépare l’œil de l’artiste de son modèle dans les gravures du début de la Renaissance illustrant le principe de la perspective, non pas une surface plane horizontale analogue à la plaque ou au papier photographique enduit d’une émulsion sensible à la lumière, non pas une sorte d’écran plat vertical à l’instar de l’écran de projection cinématographique en lui-même, mais une densité profonde générée par des couches de glacis nuancés, presque un pelage ou un plumage de peinture, une peau ou une dépouille, sur lesquels, selon les cas, l’artiste venait presque tatouer des figures sommaires de personnages, d’animaux ou d’objets, voire même de simples phrases, la plupart du temps empruntées à l’histoire de l’art – sans toutefois en référer à un simple art de la citation, mais bien plutôt au principe de la souvenance.»

Ainsi que l’explique Muriel Denet dans sa critique sur l’exposition Jorge Molder au Musée du Jeu de Paume en 2008: «Jorge Molder se situe au-delà de l’auto-représentation ou de l’introspection narcissique. Il fait de son corps, de son visage, et des images photographiques et vidéo-graphiques, des matériaux au service d’une réflexion. Sans qu’il s’agisse pour autant de sa représentation, mais bien plutôt d’une incarnation. L’image est le corps d’une pensée, une pensée occupée par l’inquiétude, la crainte de l’obscurité, de l’échec, irrémédiable comme la mort, autant de métaphores du processus de création. Mais rien de désespérant cependant, un écart, de l’ordre de la pantomime, désamorce discrètement tout effet tragique.» Seront présentées deux séries de Jorge Molder, Curta metragem, 1999-2000comprenant chacune une suite de 10 Polaroïds. Curta metragem est pensé comme une séquence de film, une sorte de repérage, de rythme, de miroir de l’action du protagoniste, ainsi que trois grandes photographies de sa récente série, de 2019, Malgré lui

Jorge Molder, né en 1947, vit et travaille à Lisbonne. Il a sa première exposition personnelle en 1977 et ses œuvres figurent dans de nombreux Musées et collections internationales. Il représente le Portugal à la 48ème Biennale de Venise en 1999. Il reçoit le Grand Prix de la EDP Foundation en 2010, et enfin le AICA/Portugal Prize/Art en 2014. Parmi ses nombreuses expositions personnelles, on peut citer : Luxury Bond Hayward Gallery, Londres (1999), la Maison Européenne de la Photographie Paris 2002, Le Jeu de Paume Paris 2008, L’interprétation des rêves Fondation Calouste Gulbenkian Lisbonne et Paris 2009, Pinocchio Chiado 8, Lisbonne 2010., Rei, Capitão, Soldato, Ladrão, Museu Nacional de Arte Contemporânea do Chiado Lisbonne 2014, et Circulo de Bellas Artes Madrid 2015, Jorge Molder, œuvres de la collection Serralves, Serralves Museum of Contemporary Art, Porto 2021.                                                                                                                                                                                                            

John Murphy, né en 1945, vit et travaille à Londres. Parmi ses expositions personnelles on peut noter: Selected works Jack Wendler Gallery London 1973, Selected works Museum of Modern Art Oxford 1975, Villa Arson Nice 1997, Withechapel Art Gallery London 1987-88, Arnolfini Gallery, Bristol 1988, A Conversation pièce with Juliao Sarmento Museum of Modern Art Oxford 1998, The Way up and the Way down, Southampton City Art Gallery and Museum 1999, And things throw Light of Things, Ikon Gallery and Barber Institute, Birmingham, 2004-05, Up or Down it's All the Same in Ghent or Venice, Het Kabinet Gent 2005, Of Voyages, Of Others Places, Trondheim Kunstmuseum. Enfin, ajoutons sa participation avec sa série de 1993-1999 O Dio, rispondi, dans l'exposition Opéra Monde. La quête d'un art total, Centre Pompidou Metz 2019-2020.