GALERIE BERNARD BOUCHE
JORGE MOLDER - JOHN MURPHY

John Murphy The Movement of Thought  2008-2015. c-print. 179 x 152 x 7,5 cm

John Murphy The Movement of Thought  2008-2015. c-print. 179 x 152 x 7,5 cm

La galerie a le plaisir de vous convier à partir du samedi 27 mars pour l’exposition Jorge Molder - John Murphy.
 
Quel lien peut réunir dans cette exposition Jorge Molder (né à Lisbonne en 1947) et John Murphy (né à Londres en 1945) hormis le médium photographique? C’est ce qu’ils cherchent à en obtenir. Bien que le processus n’ait rien à voir chez l’un et l’autre - Molder explore depuis quelques décennies une recherche photographique étrange et singulière à travers l’auto-représentation ou mêlées parfois à des situations cinématographiques, Murphy utilise l’image, parfois cinématographique, mais seulement à des fins conceptuelles. Ce qu’ils cherchent à obtenir n’est pas une photographie mais une tension, une recherche sur l’être et ses ambiguïtés, sur le temps.
 
Ainsi que l’explique Muriel Denet dans sa critique sur l’exposition Jorge Molder au Musée du Jeu de Paume en 2008:
 «Jorge Molder se situe au-delà de l’auto-représentation ou de l’introspection narcissique. Il fait de son corps, de son visage, et des images photographiques et vidéo-graphiques, des matériaux au service d’une réflexion. Sans qu’il s’agisse pour autant de sa représentation, mais bien plutôt d’une incarnation. L’image est le corps d’une pensée qui n’en a pas, mais aussi son lieu et son outil: une pensée occupée par l’inquiétude, la crainte de l’obscurité, de l’échec, irrémédiable comme la mort, autant de métaphores du processus de création. Mais rien de désespérant cependant, un écart, de l’ordre de la pantomime, désamorce discrètement tout effet tragique. » 
 
À l’étage de la galerie seront présentées deux séries de Jorge Molder, intitulées Curta metragem, 1999-2000comprenant chacune une suite de 10 Polaroïds. Curta metragem est pensé bien sûr comme une séquence de film, une sorte de repérage, de rythme, de miroir de l’action du protagoniste, l’artiste lui-même. 

 
John Murphy lui joue sur le thème de la similitude et de la différence - avec des matériaux existants tels que reproductions, photos de films anciens, cartes postales. Ses œuvres évoquent la nostalgie, l'absence, la sexualité, avec un raffinement exquis de précision. Si son travail récent est constitué d'emprunts utilisés à la manière des ready-mades (cartes postales, affichettes, objets) ou transformés (recadrés, modifiés dans le format - le support ou le médium), il associe parfois un fragment de texte; ces quelques mots, souvent partie de l'œuvre, en deviennent le titre. Ils produisent ainsi un jeu dialectique dans lequel l'association, l'intervalle et l'ellipse - trois opérations typiquement cinématographiques et plus particulièrement liées au montage - ont un rôle primordial. Ce qui se passe dans l'entre-deux de l'image et des mots - cette zone spatiale et temporelle où se crée le sens, "cette inquiétude existentielle", est précisément ce qui intéresse l’artiste. 
 
Dans son texte consacré à John Murphy "La démesure des images" Marc Donnadieu précise les choses:
 « Dans l’œuvre de John Murphy, la photographie et le cinéma tiennent une place singulière, mais celle-ci tend, au fil du temps, à devenir déterminante, sinon presque première. Durant les années 1970-1980, l’apparition des images au sein de la couche picturale était, d’une certaine manière, au cœur de son projet artistique. On avait alors fait peu attention à la qualité d’écran de cette dernière : non pas le plan de la fenêtre, telle la mise au carreau qui sépare l’œil de l’artiste de son modèle dans les gravures du début de la Renaissance illustrant le principe de la perspective, non pas une surface plane horizontale analogue à la plaque ou au papier photographique enduit d’une émulsion sensible à la lumière, non pas une sorte d’écran plat vertical à l’instar de l’écran de projection cinématographique en lui-même, mais une densité profonde générée par des couches de glacis nuancés, presque un pelage ou un plumage de peinture, une peau ou une dépouille, sur lesquels, selon les cas, l’artiste venait presque tatouer des figures sommaires de personnages, d’animaux ou d’objets, voire même de simples phrases, la plupart du temps empruntées à l’histoire de l’art – sans toutefois en référer à un simple art de la citation, mais bien plutôt au principe de la souvenance …/...
Les photographies de John Murphy issues de scène de films cinématographiques – ou plutôt les tableaux photographiques de John Murphy – fonctionnent sur le même registre, tant les images y sont présentes non pas selon leur paraître – leur surface, leur apparence, leur netteté, leur précision –, mais selon leur apparaître – leur genèse, leur épaisseur, leur profondeur, leur densité –, et surtout selon leur qualité d’évocation au delà des êtres, des lieux et des événements qu’elles incarnent …/… 
Au risque d’un contresens premier, pourrait-on même affirmer que chez John Murphy tout est antonyme du tout, puisque l’ici et le maintenant semblent autant donner noms aux êtres, aux lieux et aux faits que la figure première qui les a générées et véritablement titrées, tant celle ci semble disparaître, s’effacer ou se retirer de ce qu’elle a produite. Pour autant, il n’agit pas pour autant d’êtres sans auteur ou d’auteur sans personnages, de spectres ou de fantômes, mais bien plutôt d’incarnations d’incarnations qui viendraient tour à tour, l’une après l’autre, l’autre à côté de l’autre, l’une dans l’autre – ou plutôt l’une au cœur de l’autre – saluer une dernière fois sur le seuil de la représentation, avant les ultimes et imprévisibles rappels du souvenir. » 

Seront exposées deux œuvres inédites de John Murphy The Movement of Thought de 2008-2015 et Figure I et Figure II Una malatia dei sentimenti - What can a body do? diptyque de 2014.