JEAN DEGOTTEX
Jean Degottex (1918-1988), grande figure de l’abstraction lyrique, commence dès 1955 à s’en détacher. Il abandonne peu à peu la couleur pour s’intéresser au signe, à l’écriture – écriture fondée sur une profonde méditation à la recherche du vide, notion qu’il semble avoir découverte dans la doctrine zen. Peu à peu, l’écriture disparaît aussi faisant place à la ligne et au trait, en quête de plus de dépouillement, du geste absolu. Toile, pinceau, peinture, geste, tout est là mis à nu.
Dès lors, Degottex n’aura de cesse d’expérimenter de nouveaux procédés. À l’action de peindre vient se substituer celle de déchirer, entailler, découper, tresser, plier… Degottex renonce au pinceau pour des outils plus incisifs tels que le cutter ou le tournevis. Il utilise aussi le balai et la brique pour frotter la toile de lin à l’envers, et met à l’honneur le verso de la toile habituellement masqué. Dans la série des « lignes-report », par un système de pliage et d’encollage complexe, les répartitions de la peinture noire et de la colle de peau varient, produisant différentes valeurs de noir et divers effets de matières. Matité, opacité, brillance, le noir n’y est jamais uniforme. Les toiles sont striées de lignes horizontales tracées à l’aide d’un tournevis plat qui vient griffer la matière. Ces lignes découvrent le lin dont elles révèlent la trame. Parce que Degottex travaille sur des toiles préalablement pliées, les lignes se reportent automatiquement d’un volet à l’autre du support. Profondément gravées sur un pan de toile, elles rejaillissent en surface sur d’autres pans, donnant à voir une diversité de textures. Derrière l’apparente simplicité des lignes horizontales, un jeu subtil de report de matières et d’empreintes par estampage anime toute la surface du tableau.


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